Je pense commencer ici une longue série de chroniques que les urbains ne vont pas comprendre. Qui, parmi eux, a en effet entendu parler du SPANC ? Un
joli sigle né du lumineux esprit créatif de l’un de nos chers technocrates qui a traduit ici le Service public de l’assainissement non collectif. Je suppose que, même traduit, cela ne vous
éclaire pas beaucoup plus.
Venez à la campagne, vous vous familiariserez très vite avec. Grosso modo, le SPANC s’intéresse à l’évacuation des eaux usées des maisons isolées, non connectées à un réseau collectif d’assainissement. Et, dans une région comme la mienne, croyez-moi, ça en fait pas mal.
Les communautés de communes ont désormais pour mission de vérifier nos installations (fosses septiques, canalisations, rejets) via le SPANC qui, de service public, n’a que le nom ! Je m’explique : les habitants d’un village ou d’une ville sont reliés à ce que l’on appelait autrefois le tout-à-l’égout, ils paient pour cela une taxe. Ceux qui ne sont pas reliés paient d’ailleurs eux aussi une partie de la taxe d’assainissement, mais ils ne bénéficient pas du service. Première injustice. Mais, maintenant, ça ne s’arrête pas là. Dans le droit fil de ce qui se passe depuis quelques années, le principe consiste à dresser les Français les uns contre les autres, y compris en matière d’assainissement.
Jusque là, personne ne se plaignait, et notamment pas ceux qui payaient et qui ne bénéficiaient pas du service. Cela a dû troubler l’administration de l’Union européenne qui a lancé ce vaste projet de SPANC. Sans se soucier de la véritable pollution de nos eaux souterraines et des nos rivières, elle a décidé que c’étaient les Français équipés d’une seule fosse septique qui polluaient ! Donc, révision générale des fosses septiques !
Sur le principe, pas mal, même si ce n’est absolument pas une priorité. Il faut en effet prendre conscience que les détenteurs de fosses septiques ont, depuis longtemps, et très naturellement, pris conscience qu’il ne fallait pas polluer. Aucun rejet de chlore ni d’autres saloperies dans leurs toilettes. Pourquoi ? Tout simplement parce que la fosse septique, hors la merde humaine, n’aime pas ces produits ! Si on en mettait, ça ne marcherait plus.
Je disais donc : pas mal sur le principe, sauf que, dans les faits, c’est une tout autre histoire. Je viens de recevoir l’avis de passage du technicien chargé du diagnostic. Sa visite est d’ores et déjà facturée 45 €. Et ce qui n’est pas précisé, c’est que, selon les normes retenus par l’UE, environ 85% des installations ne sont pas conformes. Cela signifie quoi ? Tout simplement qu’il faudra faire des travaux de mise en conformité qui sont en moyenne de l’ordre de 7000 €.
Au nom du principe d’égalité, j’ai donc adressé une petite lettre à mon maire, au président de la communauté de communes à laquelle je n’appartiens pas (sauf pour le SPANC !!!) et au président du conseil général dont voici la copie :
« Messieurs,
« Alors que le rapport de l’IFEN publié en 2006 montre que des résidus de pesticides sont présents dans 96% des eaux de surface et dans 61% des eaux souterraines en France, je considère que des élus locaux, surtout lorsqu’ils sont de gauche, devraient s’attaquer en priorité, et de toute urgence, à ce problème.
« Au lieu de ça, une pression énorme est faite sur des particuliers à travers les SPANC !
« D’un côté l’action du lobby des fabricants de saloperies chimiques permet aux multinationales de produire à peu près ce qu’elles veulent, avec les conséquences que l’on sait maintenant sur la santé publique ; de l’autre, des particuliers qui se voient contraints de payer dans un premier temps un diagnostic puis, éventuellement, des aménagements de leur installation. Avec, à la clé, une facture qui peut atteindre 8 à 10.000 € !
« Le Morvan, de par son habitat, et plus largement l’ensemble du département de Saône-et-Loire, sont particulièrement concernés par cette politique inepte née dans l’esprit tordu de technocrates bruxellois. Je ne pense pas que vous, élus locaux, avez intérêt à relayer, voire à devancer cette réglementation qui, par ailleurs, ne semble pas tout à fait claire et définitive d’un strict point de vue juridique.
« Je voudrais que vous mesuriez l’angoisse que des obligations de travaux de 8000, 10000 ou même seulement 1500 € vont générer, dans le contexte économique actuel, chez des ruraux qui, pour beaucoup, sont des retraités aux très maigres revenus. Et ce ne sont pas les technocrates européens qui vont être jugés responsables de ça, mais vous !
« Il me semble que la merde humaine, où qu’elle aille, est non seulement non polluante mais qu’elle sert à améliorer la qualité de la terre, contrairement au glyphosate et autres substances du même type. Et donc, à qui vont profiter, à l’échelle du pays, ces travaux gigantesques ? A l’environnement ? Sûrement pas… Seules les entreprises fabriquant les éléments nécessaires (cuves, tuyauterie, etc.) en tireront un bénéfice substantiel. Avec toute la pollution que cela implique pour la fabrication de ces matériaux.
« Pour s’en convaincre, s’il en était besoin, il suffit de relire les propos de Christian Vignoles, Monsieur ANC chez Veolia, qui s’exprimait ainsi, lors des Assises nationales de l’ANC, à Cahors en 2007 : « Des diagnostics réalisés sur un échantillon de plusieurs dizaines de milliers d’installations réelles montrent que si de l’ordre de 5% ne fonctionnent pas, nous sommes sûrs du fonctionnement de 15% d’entre elles, cela laisse une incertitude sur la protection des milieux pour 80% de ces ouvrages ! Cela nous laisse plus de 4 millions de dispositifs en position de ne pas assurer leur mission. C’est tout simplement énorme ! »
« En conséquence, et quelles que soient les suites qui pourront être données à ma décision, je recevrai très courtoisement le technicien chargé d’effectuer le diagnostic chez moi, mais je ne paierai pas les frais de diagnostic, pas plus que les aménagements qui pourront éventuellement m’être proposés.
« Par ailleurs, avec plusieurs personnes concernées par ce problème, nous réfléchissons à la création d’une association destinée à alerter les gens sur l’aberration de ce dispositif.
« Je souhaitais vous informer amicalement et dès maintenant de ma démarche.
« Je vous prie de croire en mes sentiments les meilleurs. »
J’attends la réponse.
Je viens d’apprendre qu’une réunion d’information sur le sujet était organisée dans ma commune vendredi 15 mai (peut-être aurait-elle dû l’être avant, mais je crois que les premiers échos de mécontentement sont arrivés jusqu’aux oreilles de nos élus). Je m’y rendrai bien sûr et je vous tiendrai au courant.
Merci à tous ceux qui sont soumis aux même tracasseries de me faire part de leur propre expérience.
La grande distribution a tellement su nous embobiner qu’elle a réussi à nous faire croire que, non
seulement elle vendait moins cher que le petit commerce, mais qu’en plus elle créait des emplois. Sur le premier point, ce n’est évidemment pas vrai si l’on compare des produits de qualité
comparable. Et sur le second, c’est encore bien moins vrai, elle n’en n’a pas créés, bien au contraire, elle en a détruits.
Je prendrai pour exemple l’intercommunalité à laquelle j’appartiens, qui doit être assez représentative de ce type de collectivité en province rurale, avec une ville centre et 21 villages. Elle regroupe au total 27000 habitants.
Dans les années soixante, si l’on fait le total des épiceries, boulangeries et boucheries qui existaient, on estime que ces commerces employaient environ 180 personnes à temps plein, en ne comptant pas les « temps partiels » (terme qui n’existait pas à l’époque).
La plupart de ces commerces ont disparu aujourd’hui, ceux qui restent n’occupent plus qu’une soixantaine de personnes. Si l’on prend en compte les bistrots qui existaient alors et qui, eux, ont quasiment disparu, on peut rajouter 120 emplois à la fin des années soixante, pour une cinquantaine subsistant aujourd’hui.
Résumons : 300 emplois existaient dans les commerces de proximité il y a une quarantaine d’années, il n’en subsiste en 2009 qu’environ 110. Perte sèche : 190 !
Je n’évoquerai pas non plus l’aspect de ces paysans qui possédaient une ou deux vaches laitières, qui produisaient du lait, du beurre et des fromages pour leur consommation personnelle et qui vendaient le surplus, soit directement au consommateur, soit à l’épicerie du village. N’ayant plus de débouchés, ils ont tout arrêté. Dans le seul village où j’habite, ils étaient une quarantaine d’agriculteurs en 1970, ils ne sont plus que 8 aujourd’hui.
Regardons maintenant les moyennes ou grandes surfaces qui se sont créées pour, disent-elles, suppléer ces disparitions. Si l’on ne considère que celles à dominante alimentaire, il en existe quatre qui emploient au total 180 personnes, dont une bonne partie en contrat précaire et avec de faibles revenus. En équivalent temps plein, c’est de l’ordre de 130 emplois.
Au final, 60 emplois manquent à l’appel, en considérant en plus qu’il y avait à l’époque environ 45 millions d’habitants pour 60 millions en 2009, ce qui ramène le déficit à 80 !
Nous pourrions pousser le raisonnement plus loin en évoquant tous les petits métiers qui ont disparu pour des raisons liées essentiellement à la désertification des villages. Mais, pour cela, il faudrait faire des recherches plus approfondies et calculer combien d’emplois ont réellement disparu.
Je crains que ce genre d’étude, menée à l’échelle du pays, ne dévoile des résultats catastrophiques. En faisant une simple règle de trois : un déficit de 80 emplois sur une population de 27000 habitants, ça représente 170.000 emplois de moins.
Je n’irai pas non plus sur le terrain environnemental, et pourtant il y aurait encore beaucoup à dire sur les conditions de cultures permettant de fournir la grande distribution (emploi des pesticides, des engrais, etc.), sur le conditionnement des produits mis en vente (emballages plastique, sur-emballages, etc.), sur l’acheminement des produits (le fameux yaourt qui fait des milliers de kilomètres avant d’arriver sur la table du consommateur), j’en passe et des meilleurs…
Tout est bon pour ne pas parler des vrais problèmes. Vive la communication ! Après la mise en
scène de la vie privée, Nicolas Sarkozy a trouvé de nouveaux « trucs » pour éviter de parler de ce qui fâche, autrement dit la crise qui nous secoue au quotidien.
Il y a d’abord la fameuse grippe porcine. Sans rejeter d’un revers de main les mesures prophylactiques qui doivent être mises en œuvre, il est insupportable de voir déclinés heure par heure les risques qui pèseraient sur nos têtes.
Qu’en est-il exactement ? Une grosse centaine de morts dans le monde entier alors que la grippe, normale celle-là, fait en moyenne 2000 morts par an… en France !
Ne parlons même pas des centaines de milliers de victimes des diverses maladies transmises par les moustiques chaque année dans le monde. Que fait-on ?
L’information pour le moins spectaculaire sur la grippe porcine est arrivée par la télévision, relayée par tous les autres organes de presse, qu’ils soient nationaux ou régionaux. On en est maintenant à faire la une des journaux télévisés régionaux de France 3 quand un cas « suspect » est recensé dans la région concernée.
Tout cela produit juste ce qu’il faut d’angoisse pour faire oublier celle née de la crise, des licenciements, des fins de mois difficiles, des perspectives sociales et économiques effrayantes…
Comme ça risquait de ne pas suffire, et peut-être même de s’épuiser si le nombre des victimes n’augmente pas de façon plus sérieuse, Nicolas a demandé à son Guéant préféré de nous faire encore plus peur. En nous annonçant que, peut-être, la liste de Dieudonné aux élections européennes pourrait être interdite. Diantre !
D’une part, ça semble difficile, voire impossible et, donc, pourquoi cet effet d’annonce si ce n’est pour focaliser l’attention sur le pitre antisémite ? Avec, pour conséquence, de lui donner du relief et de piquer quelques voix ici ou là, à gauche ou surtout à l’extrême gauche. Pour en voler au parti socialiste, les « penseurs » de l’Elysée avaient pensé précédemment faire de la pub à Besancenot, en échange il est bon de lui en reprendre quelques-unes, c’est une histoire de vases communicants…
Et puis, il y a eu, samedi soir, celui qu’on attendait depuis des semaines : le gagnant des 19 millions d’euros au loto. Ce qui m’étonne, et cela entache un peu mon raisonnement, c’est qu’on ait encore rien vu sur ce ou cette gagnant(e). Cela fait pourtant rêver dans les chaumières, une telle somme ! Alors, pourquoi ne nous a-t-on encore rien dévoilé sur ce mystérieux gagnant ? Allez, tant pis, je prends un pari stupide : dans pas longtemps, il va sortir de l’ombre pour être projeté sous les sunlights. Objectif avoué : vous faire croire que cela aussi peut vous arriver, malgré la grippe porcine et malgré Dieudonné, ce qui n’est pas fondamentalement différent, d’ailleurs…
Dominique est une femme d’une
cinquantaine d’années, cliente de la Caisse d’Epargne depuis 30 ans. Jeudi dernier, elle découvre par hasard sur son relevé de compte qu’une somme de 589 € a été saisie. A cela s’ajoute des frais
de 85 € pour cette opération dont elle ignore totalement la raison.
Après plusieurs appels à son agence de la Caisse d’Epargne, après deux déplacements qui, pour elle, ne sont pas faciles puisqu’elle est handicapée et qu’elle ne se déplace qu’en fauteuil roulant, elle n’obtient aucune explication de sa banque.
Une semaine après, enfin, sur place, une employée de la Caisse d’Epargne lui donne les coordonnées de l’huissier qui a procédé à la saisie. Celui-ci est contacté, Dominique lui fait part de son étonnement et de sa colère. L’homme de loi, gêné mais sympathique, lui explique que la saisie concerne un homme (pas une femme) ayant le même nom, pas le même prénom, pas la même date de naissance et évidemment pas la même adresse. Mais, apparemment, son numéro de compte est assez proche de celui de Dominique.
Donc, la Caisse d’Epargne ne s’est pas embarrassée, elle a procédé à la saisie du premier compte venu, empochant au passage une petite commission de 85 €.
A ce jour, les 589 € ont été recrédités sur le compte de Dominique, mais elle a encore découvert qu’un prélèvement de 30 € avait été effectué entre temps. Sûrement un emprunt de la banque qu’elle va rembourser dans quelques jours. Sans les intérêts…
En attendant, Dominique jongle avec son allocation de personne handicapée en espérant que la Caisse d’Epargne ne va pas s’amuser tous les mois avec l’argent dont elle a bien besoin pour vivre.
Ségolène Royal a un mérite énorme : mettre le doigt là où ça fait mal dans le système Sarkozy. On peut discuter à loisir de la justification de ses excuses à répétition, d’abord pour le discours de Dakar et maintenant pour les propos (tenus ou non) sur Zapatero, mais ce n’est pas ce qui me semble le plus intéressant.
L’essentiel dans cette affaire c’est d’analyser la réaction des gardiens du temple Sarkozy, les Lefebvre, Morano et autre Hortefeux.
L’action du président de la République ne repose sur rien de sérieux, de solide. Aussi bien dans son attitude personnelle, le fameux bling-bling, que dans sa fonction politique, tout n’est qu’apparence, sans fondement idéologique. La mise en scène de sa vie privée en est une démonstration évidente.
Il est donc essentiel que rien ne vienne égratigner l’image, au risque de faire tomber le système. Ségolène Royal, dans cette machinerie, est la plus dangereuse car c’est la personnalité politique qui, malgré son échec aux présidentielles, a gardé la sympathie du plus grand nombre de Français. Sympathie fondée sur le courage dont la femme fait preuve ou sur la femme en capacité de devenir présidente de la République ? Là encore, peu importe ! C’est elle qui brouille l’image, qui écorne l’icône Sarkozy.
Le rôle donné à Frédéric Lefebvre n’est pas anodin : un fidèle parmi les fidèles, dont la carrière politique est construite sur le modèle Sarkozy, c’est-à-dire sur pas grand chose de politique au sens noble du terme, est chargé de replâtrer la moindre fissure provoquée par Ségolène Royal et uniquement par elle.
Même fonction attribuée à Nadine Morano dont Sarkozy sait que les ambitions lui permettront tous les excès pour consolider le système. Y compris des attaques en règle contre la liberté de la presse.
Quand Lefebvre et Morano s’en prennent comme ils l’ont fait à Libération, dont chacun conviendra qu’il est loin d’être le quotidien d’ultra gauche de la fin des années 70, ils démontrent que le système qui repose sur rien est prêt à tout pour subsister. Sans l’annoncer clairement, on sent bien que la censure n’est pas très loin. S’il y avait besoin d’une preuve supplémentaire, il suffirait de relever comment la même Morano s’en est pris hier à un journaliste du Figaro, Bruno Jeudy, le qualifiant grosso modo d’incapable. Même la presse amie est dans le collimateur au moindre faux pas !
On sait où conduit ce genre de régime. Il y a un peu plus d’un an, Ségolène Royal, Arnaud Montebourg, mais également Dominique de Villepin, Pierre Lefranc et d’autres avaient signé une pétition soulignant le danger de la personnalisation du pouvoir présidentiel. Il est intéressant de la relire aujourd’hui.
http://www.marianne2.fr/L-Appel-republicain-de-Marianne_a83903.html
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