La phase ultime du colonialisme en Pays Dogon
Ce qui est paradoxal, c’est que tout le système est expliqué dans cette émission. Plus exactement, tout est dit sans être expliqué. Dit à travers l’interview de ce jeune qui regrette que son village n’accueille pas de touristes comme les voisins. Après sa rencontre avec les deux animateurs, leurs équipes, leur matériel, on imagine ce que peut devenir le village après la disparition des plus anciens qui sont encore des sages imperméables à notre vie de paillettes.
En même temps, cette émission nous fait découvrir une civilisation, sa culture, ses traditions, son mode de vie. Je pense notamment à cette magnifique cérémonie de levée de deuil par les danseurs masqués. Mais est-ce le bon moyen de le faire ? Non, sûrement pas, et là encore la solution est apportée par l’émission elle-même à travers l’interview de ce sociologue malien venu découvrir la culture de ses ancêtres. Il est là discrètement, avec son calepin et son stylo. Si un réalisateur, avec sa caméra, discrète elle aussi, faisait la même chose, nous aurions les mêmes images émouvantes, sans les risques inhérents à ce déploiement de moyens indécents dans une communauté villageoise qui met cinq ans à creuser un puits.
Ce n’est certes pas le même type de colonialisme que celui de nos ancêtres, conduit à la force des armes, mais il est tout aussi violent. Quel est son effet ? Celui d’attirer, en France par exemple, des jeunes de ce village bernés par l’apparente facilité de notre société « développée » et renvoyés dans le premier avion par un ministre à l’immigration !
Espérons malgré tout que la sagesse des Dogons réussira à combattre cette nouvelle forme de colonialisme et que l’une des images de cette émission en restera un symbole fort : celle de la mosquée qui a été construite mais qui est toujours restée déserte.