Ségo et Sarko encore?
En consultant internet régulièrement, on est amené à faire cette constatation : Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy sont les deux personnages politiques faisant l’objet du plus grand intérêt chez les internautes.
Pas forcément pour être glorifiés, loin s’en faut. Mais comme disait Edgar Faure aux journalistes : « Pour l’article, faites comme vous voulez, mais mettez une grande photo ! » Car l’essentiel, pour un politique, c’est que l’on parle de lui, quels qu’en soient les termes, qu’on le voie. Au moment de l’élection, les électeurs font le tri, mais ceux dont on n’aura que rarement parlé partent avec un handicap certain.
En 2012, cela ne fait donc pas l’ombre d’un doute que ces deux-là, Ségo et Nico, se retrouveront. Sarkozy n’a en effet pas imaginé un instant qu’il ne ferait qu’un seul mandat et, dès lors, il n’aura aucun concurrent à droite. Au PS, s’il existe encore en 2012, l’inexistence (politique s’entend) de tous les candidats potentiels est telle qu’aucun d’entre eux ne sera en capacité de rassembler, non pas les électeurs, mais les militants. Ni chez les vieux, ni chez les « jeunes ». Et ce n’est pas en trois ans qu’il en émergera un. Rappelons-nous qu’entre le congrès d’Epinay et l’élection de Mitterrand, dix années sont passées.
Alors, dans ces conditions, de deux choses l’une : soit la désignation du candidat socialiste se fera selon les règles actuelles, le vote des militants ; soit la tentative de Montebourg de faire émerger une « large » primaire à gauche réussit. Dans les deux cas, Ségolène Royal sera évidemment la mieux placée.
Il n’est pas question ici de porter un jugement sur ses capacités ou sur ses absences de capacités. Des gens de gauche, en revanche, peuvent estimer ou non que Ségolène Royal sera en mesure de porter des valeurs de gauche. Et ils n’iront pas, pour cela, examiner ce qu’elle a fait en Poitou-Charentes. Si, par hasard, ils le font, ils s’apercevront que la quasi totalité des autres régions administrées par la gauche ont fait sensiblement la même chose : aide à l’emploi, développement des TER, budget participatif dans les lycées, etc. Ce ne sera pas un point de différenciation. Sans oublier qu’avant les présidentielles de 2012 la composition des conseils régionaux sera renouvelée en 2010.
Comment se détermineront les électeurs ? Une partie de ceux qui votent traditionnellement à droite donneront encore leur suffrage à Sarkozy, les autres voteront Bayrou ou iront à la pêche. Ils ne voteront jamais pour Ségolène Royal. Par haine, par mépris, que sais-je encore…
Le seul espoir de Ségolène Royal est, par conséquent, d’essayer d’abord de convaincre les électeurs de gauche, mais aussi ceux qui ont quitté la gauche pour la droite au cours de ces dernières années et enfin ceux qui, par dégoût de la façon dont ils perçoivent la politique, s’abstiennent ou votent depuis peu pour l’extrême gauche.
Et ça fait un paquet de monde. Ne perdons pas de vue, par exemple, que les ouvriers ont voté en majorité pour Sarkozy en 2007. Une majorité aussi de ceux que l’on a « oublié » dans tous ces territoires qui ne sont pas la banlieue, qui ne sont pas vraiment la campagne, tous ces employés qui doivent faire deux ou trois heures de trajet entre leur pavillon en lotissement et leur boulot à la ville. Et tant d’autres !
Il me semble qu’elle a intérêt à suivre avec attention l’évolution des sondages et non pas de se contenter d’observer que chacun de ses déplacements est très suivi. En 2007, c’était elle qui rassemblait le plus de monde à ses meetings. On se souvient du résultat.
Elle a encore trois ans pour « tester » ses propositions et mesurer l’effet qu’elles ont sur l’opinion. Etre président de la République, ce n’est pas seulement appliquer ses idées et uniquement ses idées, c’est être aussi capable de porter un projet dont on n’est pas obligé d’approuver chaque paragraphe, chaque alinéa. Qu’elle ait renié le SMIC à 1500 euros, après l’élection, n’est pas choquant sur la forme, il l’est sur le fond pour des gens de gauche qui y croyaient.