Et si le protectionnisme européen était une solution
La bataille des chiffres sur la fréquentation des manifestations n’a qu’un intérêt vraiment limité. Peu importe même de savoir s’il y a eu plus de gens dans la rue le 19 mars que le 29 janvier. Ce qui compte, c’est l’ampleur du mécontentement qui se traduit par une mobilisation importante pour ces deux journées.
Il y a une chose qui me frappe aussi : c’est l’origine des manifestants. Aux côtés des grévistes traditionnels, on remarquait d’une part de nombreux employés du secteur privé et, d’autre part, des gens qui n’avaient encore jamais manifesté.
Pour la première catégorie, je pense particulièrement aux salariés des enseignes de la grande distribution (Leclerc, Géant Casino, Carrefour,…). Auparavant, on en remarquait dans les cortèges des grandes villes, là où sont implantées les centrales syndicales. Le 19 mars, partout où il y a de tels magasins, plusieurs de leurs employés, la plupart syndiqués, participaient à la manifestation.
Pour ce qui est des nouveaux manifestants non syndiqués, remarquables au fait qu’ils semblaient un peu perdus dans les cortèges, venus là entre copains, avec leurs propres slogans, il me semble que le phénomène est relativement inédit. Et eux aussi venaient du secteur privé.
Au-delà de la France, dont représentants du patronat et gouvernants UMP se plaisent à dire qu’elle est coutumière de ce type de manifestations, il est à noter que d’autres pays européens se préparent, eux aussi, à descendre dans la rue. En Allemagne, par exemple, où des grèves sont en train de se préparer.
Certes la crise économique est bien présente partout en Europe et explique les difficultés, mais je ne veux pas oublier le tollé des dirigeants politiques, de droite comme de gauche, et des médias qui s’en sont fait le relais de façon honteuse, face à la montée du « non » au traité de l’Europe libérale en 2005. Ceux-là même qui ont osé venir dire au peuple, après le référendum, qu’il n’avait rien compris et qu’il s’était trompé.
Même si cette crise n’était pas prévue en 2005 (en n’oubliant pas, toutefois, que des économistes l’avaient grandement pressentie bien avant qu’elle n’éclate), l’idée de mettre plus de social dans l’ensemble des pays d’Europe et, ce qui n’est pas le moins essentiel, dans les pays où l’Europe importe des marchandises, avait tout de même du bon. Elle a toujours du bon ! Et puisqu’il faut bien utiliser les mots, je ne vois pas comment l’on peut s’en sortir sans, au niveau européen, appliquer une forme de protectionnisme économique.
Selon la commission européenne, « les importations européennes en provenance de la Chine ont augmenté d’environ 21 % par an pendant les cinq dernières années. En 2007, l'Union européenne a importé pour 231 milliards d’euros de marchandises de Chine. L’Europe a exporté pour 72 milliards d’euros de marchandises vers la Chine en 2007. Bien qu’un marché de consommation important se développe en Chine, l’Union continue de vendre davantage aux 7,5 millions d’habitants de la Suisse qu’aux 1,3 milliard de Chinois. »
Ce déficit des échanges est l’une des raisons du mécontentement en France, il en est à l’origine. Il ne faut pas oublier non plus que notre régime politique est devenu une véritable caricature, avec un président qui se pavane sous les tropiques ou qui se prélasse sur le yacht d’un ami milliardaire alors que ses « sujets » en bavent. Ou encore qui instaure un bouclier fiscal pour les plus nantis alors que ceux qui ont le moins regardent ces milliards passer au-dessus de leur tête. Cela étant, qu’il parte plutôt en vacances à Juan-les-Pins ou à Pleumeur-Bodou, qu’il ne leur donne pas la manne du bouclier fiscal, ne changerait rien à la vie quotidienne du plus grand nombre même si, sur le plan symbolique, c’est très fort.
En revanche, en n’agissant pas de façon concertée au niveau européen dans le sens d’une plus grande protection sur l’entrée des marchandises, la situation catastrophique que nous vivons risque de s’aggraver considérablement et ces petits « bonus » de notre président vont finir par énerver encore plus.