Le cynisme du pouvoir
Je lisais récemment les propos de Brice Hortefeux qui estimait que la grève était un phénomène bien français. Et j’ai vu aussi, ici et là, des ministres, des députés UMP, se demander où était la logique de manifester contre la crise. Mais ce n’est pas pour lutter contre la crise que les gens vont descendre demain dans la rue. C’est contre la gestion de l’Etat, des affaires publiques, par Nicolas Sarkozy, François Fillon, Brice Hortefeux et consort. Et aussi contre la gestion par ceux-là de la crise ! Favoriser les riches au détriment des plus démunis est déjà en soi contestable en période de plein emploi, d’économie florissante, mais les Français ont voté en majorité pour l’équipe au pouvoir, et la démocratie implique que l’on accepte cela. La démocratie permet aussi que, au regard de la politique qui est appliquée, les travailleurs puissent manifester leur mécontentement. Ce peut être une catégorie seulement, qui estime que les salaires ne sont pas suffisants, que les conditions de travail pourraient être meilleures,… C’est ce qui se passe en général quand tout va à peu près bien, sauf pour la catégorie considérée. Aujourd’hui, c’est l’inverse qui se produit : une minorité est satisfaite et une majorité mécontente. Il y aurait pourtant des moyens de renverser la tendance : en supprimant par exemple le fameux bouclier fiscal qui bénéficie, pour la plus grande part, à des gens qui n’ont absolument aucun besoin des aides de l’Etat (je pense à ces milliardaires qui ont reçu des chèques de plusieurs dizaines ou centaines de milliers d’euros de remboursements d’impôts) ; en ne faisant pas disparaître les services publics car c’est, là encore, une atteinte aux plus démunis ; en ne procédant pas à une privatisant rampante de l’Education nationale, qui va creuser un peu plus le fossé qui sépare les familles aisées pouvant financer des études coûteuses des familles dans la panade qui n’auront d’autre choix que d’inscrire leurs enfants dans des lycées ou des universités dévalorisées ; en ne supprimant pas la taxe professionnelle qui est un cadeau de plus fait aux entreprises et qui devra bien être remplacé par un autre impôt qui touchera tout le monde, et donc les plus démunis. Et, cerise sur le gâteau : le président de la République, sous prétexte d’aller discuter du sort d’une Française emprisonnée, se pavane dans des hôtels luxueux à l’autre bout du monde, marquant ainsi son dédain pour les millions d’entre nous qui ne savent même pas s’ils pourront prendre des vacances cet été. Comme on le voit, les raisons de manifester notre colère sont légions. On a même l’impression que ce pouvoir, qui est à mon sens l’un des plus iniques, des plus cyniques que l’on ait jamais connu en France, se plaît à nous donner chaque jour une nouvelle bonne raison de le faire.
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