Ségolène devrait dire définitivement non à Ruquier

Publié le par autourdechezmoi

Ségolène Royal a décliné l'invitation de Laurent Ruquier à participer à son émission. Pour des raisons de planning. Mais elle a annoncé qu'elle répondrait positivement à une prochaine sollicitation.

Jusqu’aux années 70, en gros jusqu’à l’apparition de la télévision dans tous les foyers, un (e) politique était jugé sur ses idées, sur sa rhétorique et son éloquence, ces deux dernières étant des outils lui permettant de convaincre, de persuader. Avec la télévision (déjà un peu avant avec les affiches électorales), l’image est entrée progressivement en considération.

Nous conviendrons que cette image est devenue aujourd’hui prépondérante, au détriment des idées. J’ai tendance à penser qu’une grande partie du « désamour » des citoyens pour le personnel politique vient de là. Et cet éloignement, qui croît à mesure que les politiques donnent l’impression, par la télévision, d’être plus près, est dû au fait que le « visible » à la télé est devenu « très visible », puis « trop visible ». C’est particulièrement vrai dans une situation de crise terrible comme celle que nous vivons. Comment imaginer en effet que des gens dans la mouise, se démenant chaque jour pour tenter de survivre, comprennent que, dans le même temps, des responsables politiques aillent « s’amuser » dans des émissions de divertissement ?

Sans porter le moindre jugement sur l’émission de Laurent Ruquier, il n’est pas insultant de dire qu’il s’agit d’une émission de divertissement, pas d’une émission politique. Elle est sans doute nécessaire. Au-delà du côté « moral » d’y participer, en quoi peut-elle être utile à l’image de Ségolène Royal ?

Qui regarde On n’est pas couché ? D’abord, les aficionados de Ruquier qui, pour rien au monde, ne la/le raterait. Ensuite, les téléspectateurs qui, en zappant, arrivent par hasard sur France 2. Enfin, ceux qui ont consulté les programmes et qui savent que tel invité sera présent.

Le jour où Ségolène Royal passe, les premiers doivent être à peu près représentatifs de la population française : une partie d’entre eux l’adore, une autre la déteste et une troisième, comme disent les sondages, ne sait pas. Tous, en tout cas, sont soumis au phénomène du « trop visible ». Idem pour la seconde catégorie. Quant à la troisième, ça ne changera rien non plus pour eux : ils aimaient avant, ils aimeront après.

Pour que Ségolène Royal puisse convaincre les hostiles ou les indécis, il lui faudrait répondre à des questions politiques, pas à des questions people. Et quand je regarde l’extrait de la dernière émission à laquelle elle a participé, ça me conforte dans l’idée que ce n’est pas là sa place. A tel point que, pour tenter de se mettre à la portée de ses interviewers, pour faire humour comme eux, elle demande à Zemmour qui s’interroge sur le fait que Bayrou, entre les deux tours, n’est pas monté la rejoindre : « Vous, Monsieur Zemmour, vous seriez monté ? »

Par cette seule répartie, on voit quelle est la seule « utilité » de dette émission pour un (e) politique : montrer que l’on a de l’humour. Admettons qu’en ces temps difficiles ce n’est pas forcément ce qu’attendent les Français…

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Publié dans énervé

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