L'Autre se plaint pour se faire plaindre
Je n’ai pas souvenir d’un président de la République, en France, qui ait porté plainte pour menaces de mort. Pourtant, certains d’entre eux ont eu, à un moment de leur mandat, raison de craindre pour leur vie. Je pense notamment à de Gaulle qui, pendant la guerre d’Algérie, l’a échappé belle. Chirac a failli se faire tirer dessus un 14-Juillet et j’imagine que Mitterrand, Giscard et les autres ont bien eu quelques farfelus pour les inquiéter. Ils ne nous ont pas cassé les oreilles avec ça.
C’est vrai qu’à l’époque la France ne connaissait pas la crise économique. Il en va autrement en 2009 et le fait de saisir la justice pour un tel motif, de la part du président de la République, est sans conteste un moyen de déplacer la dramatisation du social vers sa personne. Plutôt que de le critiquer pour son action politique, il espère que l’on va le plaindre, oubliant les grèves de l’Outre-Mer, la révolte des facs et la baisse du pouvoir d’achat.
Soyons donc tout de même un peu sérieux : à qui fera-t-on croire que cette menace est réelle ? A personne, d’une part parce qu’un individu déterminé à abattre un président ne va pas aller le crier sur tous les toits. D’autre part, parce que le président de la République dispose de moyens de protection tels que les risques sont tout de même très limités. Je lisais par exemple hier sur LePost que Nicolas Sarkozy et son épouse n’avaient pas moins de 19 gardes du corps pour les accompagner sur les pistes de ski de Megève. Enfin, communiquer une nouvelle de cet ordre n’est pas le meilleur moyen pour enquêter discrètement en vue de retrouver celui qui assène la menace.
Pendant quelques heures, peut-être quelques jours, on parlera beaucoup de cela, laissant un peu de côté les problèmes évoqués plus haut. Ce sera toujours ça de gagné ! J’imagine que la cellule de communication de l’Elysée est en train de regarder les effets que cette annonce va avoir sur l’opinion, qu’un petit sondage de derrière les fagots va bientôt circuler sur sa cote de popularité.