Pierre Péan, dernier dinosaure du journalisme
Mon chemin a croisé par hasard celui de Pierre Péan il y a une vingtaine d’années, au moment de la parution de son livre Affaires africaines. Depuis, je suis son travail de journaliste indépendant avec attention. J’ai ainsi pu découvrir son remarquable travail d’enquête sur Le Monde mené conjointement avec Philippe Cohen. Ces derniers jours, j’ai vu, lu et entendu les nombreuses critiques sur son dernier ouvrage consacré à Bernard Kouchner. Et notamment les propos de Philippe Val qui a attribué, vendredi dernier sur Canal Plus, au livre de Péan « des relents de néo-pétainisme ». J’avais déjà entendu le mot « antisémitisme » dans la bouche ou sous la plume de plusieurs journalistes. Diantre ! Péan serait-il devenu antisémite et néo-pétainiste ? Un seul moyen de vérifier ces accusations terribles et infâmantes : lire Le monde selon K.
Ma religion est faite : Péan est toujours le journaliste d’investigation que j’ai connu. Il est bien malheureux d’utiliser ces deux mots « journaliste » et « d’investigation » qui devraient, étant associés, constituer une redondance, mais le livre et les commentaires qui en découlent me contraignent à le faire. En effet, d’un côté, Péan cherche, gratte, fouille et écrit. Il est journaliste. De l’autre, des confrères lisent (en entier ?), attaquent, démolissent, portent des accusations sans aucun fondement. Ils sont journalistes. Pourtant, ils ne font pas le même métier ! D’où la précision devenue indispensable de « journaliste d’investigation ».
De quoi s’agit-il dans ce livre sur Kouchner ? D’une attaque en règle du chevalier blanc de l’humanitaire devenu ministre de gauche de Mitterrand, puis ministre de droite de Sarkozy. Rien de plus. Et c’est argumenté… C’est sûr, ça fait mal à l’intéressé, et c’est sans doute ce qui déplaît aux journalistes-chroniqueurs qui ne sont jamais sortis de leur bureau et qui sont des « amis » de Kouchner. En fait, le mot « ami » est assez imprécis, il faudrait dire de façon plus exacte que ce sont des gens de la même caste, qui passent de droite à gauche ou qui comprennent ce genre de passage parce que ce qui est le plus important c’est le pouvoir et le fric ! Philippe Val, que j’ai également croisé lorsqu’il se produisait en spectacle avec Patrick Font, ne manque pas d’air en parlant de néo-pétainisme à l’encontre de Péan, lui qui a viré Siné pour continuer à plaire à l’Autre…
Les mots n’ont vraiment plus de sens chez ces gens-là qui confondent anti-sioniste et antisémite. La profession de journaliste est décidément bien malade et Péan est sans doute l’un des derniers dinosaures à l’exercer avec éthique. Et ça, ce n’est vraiment pas bon signe ! Restons vigilants comme cette sittelle...