Vendredi 8 mai 2009 5 08 /05 /Mai /2009 13:30

Je pense commencer ici une longue série de chroniques que les urbains ne vont pas comprendre. Qui, parmi eux, a en effet entendu parler du SPANC ? Un joli sigle né du lumineux esprit créatif de l’un de nos chers technocrates qui a traduit ici le Service public de l’assainissement non collectif. Je suppose que, même traduit, cela ne vous éclaire pas beaucoup plus.

Venez à la campagne, vous vous familiariserez très vite avec. Grosso modo, le SPANC s’intéresse à l’évacuation des eaux usées des maisons isolées, non connectées à un réseau collectif d’assainissement. Et, dans une région comme la mienne, croyez-moi, ça en fait pas mal.

Les communautés de communes ont désormais pour mission de vérifier nos installations (fosses septiques, canalisations, rejets) via le SPANC qui, de service public, n’a que le nom ! Je m’explique : les habitants d’un village ou d’une ville sont reliés à ce que l’on appelait autrefois le tout-à-l’égout, ils paient pour cela une taxe. Ceux qui ne sont pas reliés paient d’ailleurs eux aussi une partie de la taxe d’assainissement, mais ils ne bénéficient pas du service. Première injustice. Mais, maintenant, ça ne s’arrête pas là. Dans le droit fil de ce qui se passe depuis quelques années, le principe consiste à dresser les Français les uns contre les autres, y compris en matière d’assainissement.

Jusque là, personne ne se plaignait, et notamment pas ceux qui payaient et qui ne bénéficiaient pas du service. Cela a dû troubler l’administration de l’Union européenne qui a lancé ce vaste projet de SPANC. Sans se soucier de la véritable pollution de nos eaux souterraines et des nos rivières, elle a décidé que c’étaient les Français équipés d’une seule fosse septique qui polluaient ! Donc, révision générale des fosses septiques !

Sur le principe, pas mal, même si ce n’est absolument pas une priorité. Il faut en effet prendre conscience que les détenteurs de fosses septiques ont, depuis longtemps, et très naturellement, pris conscience qu’il ne fallait pas polluer. Aucun rejet de chlore ni d’autres saloperies dans leurs toilettes. Pourquoi ? Tout simplement parce que la fosse septique, hors la merde humaine, n’aime pas ces produits ! Si on en mettait, ça ne marcherait plus.

Je disais donc : pas mal sur le principe, sauf que, dans les faits, c’est une tout autre histoire. Je viens de recevoir l’avis de passage du technicien chargé du diagnostic. Sa visite est d’ores et déjà facturée 45 €. Et ce qui n’est pas précisé, c’est que, selon les normes retenus par l’UE, environ 85% des installations ne sont pas conformes. Cela signifie quoi ? Tout simplement qu’il faudra faire des travaux de mise en conformité qui sont en moyenne de l’ordre de 7000 €.

Au nom du principe d’égalité, j’ai donc adressé une petite lettre à mon maire, au président de la communauté de communes à laquelle je n’appartiens pas (sauf pour le SPANC !!!) et au président du conseil général dont voici la copie :

 

« Messieurs,

 

« Alors que le rapport de l’IFEN publié en 2006 montre que des résidus de pesticides sont présents dans 96% des eaux de surface et dans 61% des eaux souterraines en France, je considère que des élus locaux, surtout lorsqu’ils sont de gauche, devraient s’attaquer en priorité, et de toute urgence, à ce problème.

 

« Au lieu de ça, une pression énorme est faite sur des particuliers à travers les SPANC !

 

« D’un côté l’action du lobby des fabricants de saloperies chimiques permet aux multinationales de produire à peu près ce qu’elles veulent, avec les conséquences que l’on sait maintenant sur la santé publique ; de l’autre, des particuliers qui se voient contraints de payer dans un premier temps un diagnostic puis, éventuellement, des aménagements de leur installation. Avec, à la clé, une facture qui peut atteindre 8 à 10.000 € !

 

« Le Morvan, de par son habitat, et plus largement l’ensemble du département de Saône-et-Loire, sont particulièrement concernés par cette politique inepte née dans l’esprit tordu de technocrates bruxellois. Je ne pense pas que vous, élus locaux, avez intérêt à relayer, voire à devancer cette réglementation qui, par ailleurs, ne semble pas tout à fait claire et définitive d’un strict point de vue juridique.

 

« Je voudrais que vous mesuriez l’angoisse que des obligations de travaux de 8000, 10000 ou même  seulement 1500 € vont générer, dans le contexte économique actuel, chez des ruraux qui, pour beaucoup, sont des retraités aux très maigres revenus. Et ce ne sont pas les technocrates européens qui vont être jugés responsables de ça, mais vous !

 

« Il me semble que la merde humaine, où qu’elle aille, est non seulement non polluante mais qu’elle sert à améliorer la qualité de la terre, contrairement au glyphosate et autres substances du même type. Et donc, à qui vont profiter, à l’échelle du pays, ces travaux gigantesques ? A l’environnement ? Sûrement pas… Seules les entreprises fabriquant les éléments nécessaires (cuves, tuyauterie, etc.) en tireront un bénéfice substantiel. Avec toute la pollution que cela implique pour la fabrication de ces matériaux.

« Pour s’en convaincre, s’il en était besoin, il suffit de relire les propos de Christian Vignoles, Monsieur ANC chez Veolia, qui s’exprimait ainsi, lors des Assises nationales de l’ANC, à Cahors en 2007 : « Des diagnostics réalisés sur un échantillon de plusieurs dizaines de milliers d’installations réelles montrent que si de l’ordre de 5% ne fonctionnent pas, nous sommes sûrs du fonctionnement de 15% d’entre elles, cela laisse une incertitude sur la protection des milieux pour 80% de ces ouvrages ! Cela nous laisse plus de 4 millions de dispositifs en position de ne pas assurer leur mission. C’est tout simplement énorme ! »

« En conséquence, et quelles que soient les suites qui pourront être données à ma décision, je recevrai très courtoisement le technicien chargé d’effectuer le diagnostic chez moi, mais je ne paierai pas les frais de diagnostic, pas plus que les aménagements qui pourront éventuellement m’être proposés.

 

« Par ailleurs, avec plusieurs personnes concernées par ce problème, nous réfléchissons à la création d’une association destinée à alerter les gens sur l’aberration de ce dispositif.

 

« Je souhaitais vous informer amicalement et dès maintenant de ma démarche.

 

« Je vous prie de croire en mes sentiments les meilleurs. »

 

J’attends la réponse.

Je viens d’apprendre qu’une réunion d’information sur le sujet était organisée dans ma commune vendredi 15 mai (peut-être aurait-elle dû l’être avant, mais je crois que les premiers échos de mécontentement sont arrivés jusqu’aux oreilles de nos élus). Je m’y rendrai bien sûr et je vous tiendrai au courant.

Merci à tous ceux qui sont soumis aux même tracasseries de me faire part de leur propre expérience.

Par autourdechezmoi - Publié dans : énervé - Communauté : vivre au village
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